LES FEMMES AU BORD DU FEU

(Pérégrinations d’un européen découvrant un monde asiatique ancien) -- Sixième partie --

Dès que je sortis de la hutte, les éléments me heurtèrent, le froid surtout, il me ramena ici-bas.

Le ciel avait quelque chose d’irréel, trop puissant pour les mots, les étoiles avaient cette dimension spirituelle qu’elles auraient toujours dû garder.

C’était l’hiver, et les ciels d’hiver dans la jungle du triangle d’or permettent une ascension vers le créateur plus puissante et plus rapide, qu’aucun autre ciel que j’ai connu, on peut ramasser les étoiles et les mettre dans sa poche.

C’étaient-elles justement, les étoiles qui me transpercèrent, je ne pouvais plus supporter d’être collé sur ce sol, il fallait que je m’en sorte, que je trouve un moyen, que j’échappe à ce rêve qui devenait réalité.

Je marchais alors vers la sortie du village, en essayant de ne plus entendre les voix d’outre-tombe des hommes, comme si un démon sauvage avait ravagé tout le village.

C’est alors, qu’au loin, je vis un feu, des ombres qui dansaient, en m’approchant je vis que c’était des femmes Akha, toutes vêtus de noir, elles s’étaient réunies pour échapper à leur solitude et à la malédiction de l’opium qui frappait leurs foyers.

En me voyant s’approcher, elles me dévisagèrent avec respect et du bout des doigts désignèrent une pierre qui pourrait me servir de siège.

L’une d’entre elle me fit signe d’approcher et je décidais de sortir mon Leica, tenter un portrait de son visage éclairé par la flamme du grand feu.

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