Le trafiquant à la carrure de colosse s’assit alors en face de moi. Il m’observa dans un silence qui commençait à m’impressionner.
L’effet de l’opium se faisait grandissant dans ma tête, un mélange de conscience extrême, nimbé de rêves, d’irréel.
Il s’assit au plus près de moi, en glissant avec la souplesse d’un singe sur la natte, et observa la chaîne que j’avais autour de mon cou.
Je portais à l’époque une chaîne en or en hommage à mon grand-père et dans mon inconscience de jeunesse, je m’étais aventuré dans la jungle, avec ce souvenir inutile, accroché à mon coup de jeune aventurier photographe.
Le guerrier étendit son bras, et d’un mouvement rapide et précis souleva le bijou dans sa main gigantesque. Il l’examina avec un regard perçant, digne d’un bijoutier, puis la revoyant vers mon cou d’un geste dédaigneux, il dit dans la langue birmane dont je ne connaissais quelques rudiments à cette époque : « Swe ma ho pa – ce n’est pas de l’or ».
Ma chaîne était en or européen de 18 carats, ces peuples ne connaissent que l’or 24 carats, qui n’a pas la même couleur que le nôtre, dont la couleur est beaucoup plus pâle.
C’est à cette légère différence de couleur, dans le reflet de la lampe à opium, que je dois d’être encore en vie aujourd’hui.
Il récupéra le montant de sa vente sous la forme de petits lingots d’or, car en ces temps-là, l’usage des billets étaient encore inconnus chez les peuples des montagnes, les échanges ne se faisaient depuis toujours qu’en or, argent, opium, tabac ou bien en paquets de sel, selon les montants et les circonstances.
Le colosse, repris son sac rempli d’opium et sortit de notre hutte aussi vite qu’il y était entré et ne réapparu plus jamais.
L’opium continuait à souffler son vent maudit dans ma tête et je décidais de tenter de sortir de la hutte pour échapper à ses rêves malicieux.
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