« Le matin même, au lendemain de ma première nuit chez eux, je savais.
Je savais pourquoi ces anciennes cultures donnent aux plantes des âmes de femme.Le village entier vivait sous ses charmes tyranniques et délicieux.
Les charmes de la plus dangereuse : l’Opium.
Nous étions hors du temps, nous étions chez elle, car sans m’en rendre compte, en marchant longtemps dans la jungle sans chemin, j’avais franchi la frontière, j’étais en Birmanie, en pays Shan.
Tout pouvait basculer à tout moment.
Il n’y avait alors, aucune autre loi dans ces montagnes, que celle du général Khun Sa, que celles de l’Opium et de ses trafiquants.
Le village Akha où j’arrivais, était par chance loin des camps des troupes Shans qui contrôlaient le trafic de l’Opium à cette époque.
C’était une jungle peu dense, où les Akha avaient coupé les forêts pour cultiver le pavot.
Ce sont les femmes qui travaillaient presque uniquement dans les champs.
Les hommes passaient leur journée et leurs nuits allongés, la tête soutenue par un minuscule coussin, bercés par le ronronnement sensuel, presque félin, de la pipe à Opium.
L’Opium est le plus puissant de tous les vents, il entre en vous comme un petit rêve, aime à vous surprendre pour mieux vous séduire…et puis le piège se referme à chaque fumée, le vent dans votre tête devient plus puissant, et finit par tout souffler, il ne reste plus rien de votre esprit.
Vous êtes à lui, votre vie lui appartient. »
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